14-18 Langres

en guerre

La gare de Langres :


Des nouvelles du front ?

En tant que ville de l’arrière proche du front, Langres assiste au premier rang aux conséquences humaines des batailles. Les hôpitaux de la ville accueillent les nombreux blessés qui arrivent par camion ou par train. Certains ne font que passer et continuent leur route vers l’arrière. Ainsi le 10 octobre 1915, l’instituteur de l’école de filles du Boulevard de la République (actuel Boulevard de Lattre de Tassigny) note dans son carnet : « Il est passé en gare plusieurs trains de blessés. On leur a distribué tabac, cigarettes, chocolat, etc… - « Nous les tenons, nous les aurons ! » répétaient-ils à ceux qui les interrogeaient. »

Malgré la présence de nombreux blessés dans les hôpitaux, les seules nouvelles du front qui transpirent dans la presse sont celles des communiqués officiels de l’armée, jusqu’au mois d’août 1915 où des permissionnaires sont de retour à Langres. C’est l’occasion pour Le Spectateur de publier un article qui dépeint des soldats évoquant « en termes joyeux » les boues de l’Yser, les marais de la Woëvre, les boyaux crayeux de la Champagne et les noirs labyrinthes de l’Artois. Le journaliste rapporte un dialogue entre soldats qui se termine ainsi : « - vivement la fuite, pour que l’on puisse dormir un peu… Il n’y a pas moyen de fermer l’œil dans un lit. - Tu n’as qu’à te mettre dans la ruelle. Tu te figureras être dans la tranchée. » Le courage (l’inconscience ?) des hommes est tel que « la perspective de se retrouver dans quelques jours dans la fournaise ne les attriste pas plus – et peut-être moins – que s’ils regagnaient la caserne, après un congé de Pâques, en temps de paix. » Fanfaronnades de soldat ? Manipulation de la part du journaliste... ou consignes de l’Etat-Major pour remonter le moral de l’arrière ?

Au mois de novembre, une deuxième vague de permissionnaires arrive à Langres. Le journaliste note cette fois que les hommes « étaient facilement reconnaissables à leurs vêtements fripés et aux couleurs passées », séquelles de la bataille d’Artois qui dure depuis septembre. Il en profite pour relayer la propagande anti allemande, mettant ces mots dans la bouche des soldats : « ces Bavarois sont des espèces de brutes inintelligentes et méchantes comme des ânes rouges. Avec eux, comme avec les Prussiens, rien à faire, il faut les tuer pour en avoir raison. […] Quant aux saxons, ils paraissent plus civilisés et d’un caractère plus chevaleresque, si tant [est] qu’un Allemand, même saxon, puisse être chevaleresque. »

Le sentiment nationaliste se répand dans toute la presse qui joue le jeu de la propagande militaire. Lorsque Le Spectateur publie une rubrique intitulée « 1870-1914 - Il y a 44 ans aujourd’hui » c’est moins pour l’aspect historique que pour offrir au rédacteur un expiatoire à ses velléités anti « boche ». De même, un reportage sur un camp de prisonniers allemands travaillant à la réfection du réservoir de Villegusien est l’occasion de rappeler que « le sort de tous ces gaillards est loin d’être malheureux, et bien des pauvres gens de notre pays s’accommoderaient de leur régime » tandis que « nos prisonniers en Allemagne sont traités comme de vils criminels »…

Gare de Langres

Mentions Légales | Plan

Office de Tourisme du Pays de Langres - BP16 - 52201 Langres cedex - Tél : 03 25 87 67 67 - Fax : 03 25 87 73 33